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Tout sur la pause d’allaitement pour mamans salariées en Belgique : droits, indemnités et démarches

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Luca De Smet

Luca De Smet

octobre 24, 2025

Reprendre le travail après le congé de maternité tout en souhaitant continuer à allaiter son bébé est un défi courant pour les jeunes mamans en Belgique. Heureusement, la législation belge garantit un droit essentiel pour concilier ces deux aspects : la pause d’allaitement. Il est crucial de comprendre que ce droit, garanti par la CCT n° 80, est distinct du « congé d’allaitement » (qui n’existe pas légalement).

La pause d’allaitement vous permet de vous absenter de votre poste de travail pour nourrir votre enfant ou tirer votre lait. Ce droit est strictement encadré : il dépend de votre temps de travail journalier, de la durée légale (jusqu’à 9 mois après la naissance) et des démarches administratives précises à effectuer auprès de votre employeur et de votre mutuelle. C’est l’indemnisation par votre mutuelle (INAMI), à hauteur de 82% de votre salaire brut horaire, qui fait de ce droit un avantage significatif.

Ce guide exhaustif a pour objectif de vous fournir toutes les informations nécessaires, des conditions d’éligibilité au droit au local d’allaitement, en passant par les subtilités du préavis et de la rémunération. Maîtriser ces règles vous permettra d’utiliser pleinement votre droit à la pause d’allaitement pour mamans salariées en Belgique, assurant ainsi la meilleure continuité possible pour votre projet d’allaitement.

Points Clés

  • Le droit légal est la pause d’allaitement, pas le « congé » (sauf prophylactique).
  • La durée du droit est limitée à neuf mois après la naissance de l’enfant.
  • Les pauses sont indemnisées à 82% du salaire brut par l’organisme assureur (mutuelle/INAMI).
  • L’employeur a l’obligation de fournir un local d’allaitement adéquat.

1. Pause d’allaitement vs. Congé d’allaitement : Le cadre légal belge

La confusion entre ces deux termes est fréquente. En Belgique, la loi est très claire sur les droits accordés à la mère qui reprend le travail après son congé de maternité.

Quelle est la distinction fondamentale ?

La législation belge garantit formellement le droit aux pauses d’allaitement, mais pas au congé d’allaitement rémunéré classique. Comprendre cette nuance est indispensable pour formuler correctement votre demande auprès de votre employeur.

  • La Pause d’Allaitement : C’est une interruption rémunérée du travail (indemnisée par la mutuelle, non l’employeur) pour allaiter l’enfant ou tirer le lait. C’est un droit légal, établi par la Convention Collective de Travail n°80 (CCT n°80).
  • Le Congé d’Allaitement : Il n’existe pas de droit légal à un congé d’allaitement. Si vous souhaitez arrêter de travailler complètement pour allaiter, il s’agit d’un **congé sans solde** qui nécessite l’accord de votre employeur. Certains secteurs ou entreprises prévoient toutefois des accords spécifiques via CCT sectorielles ou accords d’entreprise.
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Mon conseil : Ne demandez jamais un « congé d’allaitement » si votre objectif est de bénéficier des interruptions quotidiennes pour tirer votre lait. Utilisez toujours le terme exact : « pauses d’allaitement ».

L’exception : le congé d’allaitement prophylactique

C’est la seule forme de suspension de travail liée à l’allaitement qui est prévue par la loi, mais elle est conditionnelle et non systématique. Elle relève de la protection de la travailleuse en cas de risque.

Développement pratique :

  • Condition : Vous bénéficiez de ce congé uniquement si votre poste de travail présente un risque pour votre santé ou celle de votre enfant (exposition à des produits chimiques, bactéries, etc.) et si l’employeur ne peut pas vous proposer un poste de remplacement sans risque.
  • Durée : Il est possible d’en bénéficier **jusqu’à cinq mois** après l’accouchement.
  • Décision : C’est le **médecin du travail** qui prononce cet éloignement.
  • Rémunération : Contrairement aux pauses, l’écartement prophylactique est indemnisé par la mutuelle (INAMI) à un taux différent (60% du salaire brut plafonné).

Conseil pratique : Si vous travaillez dans un environnement à risque (laboratoire, secteur chimique, hôpital), contactez votre médecin du travail dès le retour de votre congé de maternité pour une évaluation de votre poste.

2. Durée des pauses, conditions et limite légale

Le nombre et la durée des pauses d’allaitement dépendent directement du nombre d’heures que vous prestez au cours de la journée de travail. Il est essentiel de calculer précisément votre temps de travail pour déterminer votre droit.

Comment calculer le nombre de pauses par jour ?

Chaque pause d’allaitement est fixée à **une demi-heure (30 minutes)**. Le nombre de pauses auxquelles vous avez droit est régi par les critères suivants :

Temps de travail presté par jourNombre de pauses journalièresDurée totale de la pause
Moins de 4 heuresPas de pause0 minute
Entre 4 heures et 7h291 pause d’une demi-heure30 minutes
Au moins 7h302 pauses d’une demi-heure60 minutes (1 heure)

Note importante : Si vous avez droit à deux pauses d’une demi-heure (travail de 7h30 ou plus), vous avez la possibilité de les prendre en une seule fois, soit une heure complète de pause. Cette option est souvent privilégiée pour le tirage de lait.

Conseil pratique : Discutez avec votre employeur des moments exacts où vous souhaitez prendre ces pauses. À défaut d’accord, elles devront suivre ou précéder immédiatement les temps de repos prévus dans le règlement de travail.

La limite légale : jusqu’à neuf mois après la naissance

Le droit aux pauses d’allaitement n’est pas illimité. Il est régi par une durée maximale que vous devez impérativement respecter.

  • Le droit aux pauses d’allaitement peut être exercé **jusqu’à la fin du neuvième mois** après la naissance de l’enfant.
  • Si vous accouchez par exemple le 15 mars 2025, vous bénéficierez de ce droit jusqu’au 15 décembre 2025 inclus.

Insight personnel : Il est vrai que de nombreuses mères continuent d’allaiter au-delà de 9 mois. Dans ce cas, si vous souhaitez maintenir l’allaitement au travail, vous devrez soit négocier un temps partiel, soit utiliser vos propres heures de repos (crédit-temps, congé sans solde) pour ces moments, car l’indemnisation légale de la mutuelle prend fin.

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Conseil actionable : Si vous prévoyez d’allaiter longtemps, anticipez la fin de la période légale de 9 mois et évaluez les options comme le congé parental ou crédit-temps pour moduler votre reprise.

3. Indemnisation et démarches : Le rôle de l’employeur et de la mutuelle

Contrairement à une idée reçue, la pause d’allaitement n’est pas payée par l’employeur. Votre employeur suspend le contrat de travail pour la durée de la pause, et vous êtes indemnisée par votre organisme assureur (mutuelle/INAMI).

Le montant de l’indemnité et qui la paie

Le système d’indemnisation est le point le plus important à comprendre pour planifier votre budget.

  • Paiement de l’Employeur : L’employeur ne paie pas le salaire pour la période de la pause.
  • Paiement de la Mutuelle (INAMI) : L’organisme assureur vous verse une indemnité.
  • Montant de l’Allocation : L’allocation s’élève à **82% du montant brut de la rémunération perdue** pour ces heures de pause (sur base d’un salaire horaire brut non plafonné).

⚠️ Important: Même si la pause n’est pas payée par l’employeur, elle est considérée comme une période d’activité de service dans la fonction publique et ne réduit ni le droit à la progression de salaire, ni le congé annuel.

Recommandation technique : Vérifiez auprès de votre secrétariat social ou mutuelle si votre secteur d’activité prévoit des compléments spécifiques via une CCT sectorielle, car l’indemnisation à 82% est le minimum légal garanti.

Les démarches administratives : Préavis et preuves d’allaitement

Pour bénéficier des pauses, la travailleuse doit respecter un calendrier précis de notification et de fourniture de preuves.

Étapes clés des démarches :

  1. Notification de Préavis : Vous devez informer votre employeur de votre intention de prendre des pauses d’allaitement par **écrit** (lettre recommandée ou document signé pour réception) au moins **deux mois avant** le début de la période souhaitée.
  2. Preuve Initiale : Au début de la période, vous devez fournir une preuve d’allaitement. Suite à la CCT n° 80/3 (2025), cette preuve peut être fournie par :
    • Une attestation d’un bureau de consultation pour nourrissons (ONE, Kind en Gezin).
    • Un certificat médical (médecin généraliste ou pédiatre).
    • Une attestation délivrée par une **sage-femme agréée**.
  3. Preuve Mensuelle : Vous devez renouveler cette preuve **chaque mois** pour conserver votre droit.
  4. Indemnisation : Chaque mois, votre employeur vous remet une attestation avec le nombre d’heures de pause. Vous complétez ce document et l’envoyez à votre mutuelle, qui procède au paiement de l’indemnité (82%).

Conseil actionable : Si vous reprenez le travail juste après votre congé de maternité, envoyez votre lettre de préavis à l’employeur **durant votre congé de maternité** pour respecter le délai de deux mois.

4. Le local d’allaitement et la protection juridique

Au-delà du droit aux pauses indemnisées, la loi belge impose à l’employeur des obligations importantes concernant le bien-être de la travailleuse allaitante et sa sécurité d’emploi.

L’obligation de l’employeur : fournir un local d’allaitement

Le Code du bien-être au travail est très clair : l’employeur doit mettre à disposition un espace adapté pour l’allaitement ou le tirage de lait. L’absence de local adéquat peut constituer un manquement grave.

Les exigences pour le local :

  • Il doit être **discret** et **fermé** (garantissant l’intimité).
  • Il doit être **calme** et **propre** (pas les toilettes !).
  • Il doit permettre de **recueillir le lait** (prise électrique) et de le **conserver dans des conditions hygiéniques** (souvent un petit frigo ou accès à un frigo).
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Conseil pratique : Si votre entreprise ne dispose pas de local adapté, signalez-le immédiatement par écrit à votre employeur, qui est légalement obligé de vous donner accès à un endroit répondant à ces critères, même temporairement.

Protection contre le licenciement pendant la période d’allaitement

Le droit à l’allaitement est protégé par une interdiction de licenciement spécifique pour la travailleuse qui exerce son droit à la pause d’allaitement.

Le périmètre de la protection :

  • Début de la protection : Elle commence dès que l’employeur est notifié par écrit de la prise des pauses d’allaitement.
  • Durée : Elle court jusqu’à l’expiration de la période de neuf mois suivant la naissance de l’enfant.
  • Motifs : L’employeur ne peut pas vous licencier pour des motifs liés à l’allaitement. La charge de la preuve d’un motif étranger à l’allaitement lui incombe.

En cas de licenciement, si l’employeur ne peut prouver que la raison est étrangère à l’allaitement, il doit vous verser une **indemnité forfaitaire** équivalente à six mois de rémunération brute.

Recommandation : En cas de litige, contactez immédiatement votre délégué syndical ou les services d’inspection du SPF Emploi, Travail et Concertation sociale.

Questions fréquentes sur les pauses d’allaitement en Belgique

Est-ce que la pause d’allaitement est uniquement pour allaiter ou aussi pour tirer son lait ?

La pause d’allaitement est expressément prévue par la loi pour permettre à la travailleuse soit de **nourrir son enfant**, soit de **tirer son lait**. La grande majorité des mères qui reprennent le travail utilisent ces pauses pour le tirage de lait, et l’employeur doit respecter cette utilisation.

Puis-je utiliser mes pauses d’allaitement pour arriver plus tard ou partir plus tôt ?

Oui, en pratique, la pause d’allaitement est souvent utilisée par accord avec l’employeur pour décaler le début ou la fin de la journée de travail. Par exemple, si vous avez droit à une pause d’une heure, vous pouvez commencer 30 minutes plus tard et finir 30 minutes plus tôt. Cet aménagement doit être convenu avec l’employeur, mais il est courant et ne modifie pas le droit à l’indemnisation.

Quels sont mes droits si je travaille à temps partiel ?

Vos droits sont proportionnels. Si vous travaillez à temps partiel, vous avez droit :

  • À une demi-heure de pause si vos prestations atteignent ou dépassent 4 heures.
  • À une heure de pause si vos prestations atteignent ou dépassent 7h30.

Le calcul se fait sur les prestations réelles de la journée, pas sur la base d’un temps plein théorique.

Puis-je cumuler pauses d’allaitement et congé parental/crédit-temps ?

Oui, vous pouvez tout à fait cumuler les deux droits. De nombreuses mères choisissent de réduire leur temps de travail via un congé parental à temps partiel (par exemple, 4/5ème) ET de prendre leurs pauses d’allaitement rémunérées par la mutuelle pour les heures travaillées. Cela permet une transition plus douce et un meilleur revenu global.

Quand l’INAMI paie-t-il l’indemnité des pauses d’allaitement ?

Le paiement des indemnités par l’organisme assureur (mutuelle) se fait généralement avec un décalage d’un mois, après la réception et le traitement de l’attestation mensuelle remplie par vous et votre employeur. Assurez-vous d’envoyer rapidement le formulaire à la fin de chaque mois pour minimiser le délai de paiement.

Quelles sont les sanctions pour un employeur qui refuse les pauses ?

Le refus d’accorder la pause d’allaitement est considéré comme une infraction à la législation sociale. La travailleuse peut saisir le Contrôle des lois sociales (Inspection du travail). L’employeur s’expose à des sanctions administratives ou pénales et peut être contraint de verser l’indemnité forfaitaire de six mois de salaire en cas de licenciement prouvé comme abusif.

En conclusion, la législation belge offre un soutien solide aux mères qui souhaitent continuer l’allaitement tout en reprenant leur activité professionnelle. La pause d’allaitement est un droit clair, mais il vous incombe de respecter les étapes administratives : notifiez votre employeur deux mois à l’avance et fournissez votre preuve d’allaitement tous les mois à votre mutuelle. En connaissant vos droits concernant la durée, l’indemnisation à 82% et le local adapté, vous êtes armée pour concilier sereinement maternité et carrière.

Si vous avez des questions spécifiques sur le formulaire de votre mutuelle ou la négociation d’un aménagement horaire, n’hésitez pas à solliciter un conseiller syndical ou votre service des ressources humaines. Votre bien-être et celui de votre enfant sont prioritaires !

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